Pas de paix sans justice

Le combat pour la charité et la paix ne peut prendre place qu’à partir du combat pour la justice. Le combat pour la justice est très simple : c’est le combat pour le respect des droits.

 

La dignité de la personne est attachée à la personne. On ne peut la perdre. Le plus pauvre est digne d’être aimé et respecté. Ce n’est pas celui qui tend la main qui a perdu sa dignité, c’est plutôt ceux qui n’ont pas tendu la main pour le secourir alors qu’ils en avaient les moyens.

La solidarité : (…) Une société solidaire c’est une société où on réfléchit à ce que chacun donne et reçoit. Celui qui occupe une position enviable, qui est donc en position de donner, c’est d’abord parce qu’il a beaucoup reçu. Par exemple, c’est la communauté nationale qui lui a offert la possibilité de faire de très bonnes études. Et si vous êtes propriétaire d’un terrain en proximité d’une ligne de RER qui vient de s’ouvrir, votre terrain prend une plus-value conséquente; ça vous met dans la position d’accepter de payer un impôt en rapport. La solidarité, c’est ça : accepter de rétrocéder une partie de ce que la collectivité vous a octroyé.

La fraternité, c’est autre chose. Reconnaître que l’autre est mon frère, c’est donc nous reconnaître un Père commun. Et là je retrouve la dignité de chacun : l’autre est mon frère aux yeux de Dieu, il a donc droit à l’égale dignité. Ce qui n’est pas évident à admettre quand dans nos permanences nous accueillons des gens vraiment déglingués. On a du mal à les prendre pour nos frères. L’immigré sans papiers, illégal sur notre territoire, il est quand même mon frère, et donc, je dois l’accueillir dans sa pleine dignité. Je n’ai pas à considérer s’il a le droit d’être ou de ne pas être là. C’est l’accueil inconditionnel. (…)

La justice :   On met en avant le partage de l’avoir. Mais cela nécessite d’abord de savoir d’où vient cet avoir. On fait état de la générosité de quelques milliardaires en faveur d’œuvres humanitaires. Attention ! J’ai travaillé dans les banques d’investissement. Je connais les mécanismes : on peut quelquefois se montrer plus facilement généreux quand c’est avec le bien des autres, quand on a fait fortune grâce à des fonds spéculatifs, quand on gagne 4 ou 500 fois plus que l’ouvrier de base ! … On a complètement perdu de vue ce que peut être la participation de chacun à la vie collective. La femme de ménage qui nettoie les bureaux avant l’arrivée des cadres, elle s’est levée à quelle heure pour quitter sa banlieue ? Et ses enfants qu’elle a peut-être laissés seuls… Est-ce qu’on a réfléchi à ce que représente sa contribution au bien commun pour apprécier quelle reconnaissance serait équitable. Mais quels décideurs s’en soucient ? On est dans une logique d’accaparement par une petite minorité. En 2009, 5% des Français les mieux payés ont augmenté leur rémunération de 32% contre seulement 2,2% pour l’évolution moyenne des salaires. Une société plus juste c’est une société qui garantit aux plus démunis l’accès à leurs droits fondamentaux.

Écho de la conférence de François Soulage, Président du Secours Catholique, à l’occasion du Forum organisé par un collectif d’associations à Villers-les-Nancy, le 3/12/2011.

Ecrit par RfP Europe

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